Play it by ear
Elle, c’est ma copine de lycée. De collège, même. On séchait les cours de sport pour aller bouquiner tranquille. Maintenant, on se donne des nouvelles, de loin en loin.
Elle bosse à Bruxelles, je n’ai pas bien suivi où et comment exactement, mais dans les institutions européennes. Son mari est américain. Au téléphone, c’est très étrange, elle a désormais une sorte d’accent, un truc indéfinissable. Ce n’est pas l’accent belge. Ce n’est pas l’accent américain. Ce n’est même pas un mélange improbable des deux. Juste un accent qui donne l’impression qu’elle est un petit peu snob, comme si ses ancêtres n’étaient pas des mineurs polonais mais des vicomtes versaillais. Quand on l’a en face de soi, cet effet carré-hermès-diadème est tellement décalé que ses interlocuteurs doivent se demander d’où provient ce son. Et depuis son coup de fil, je n’arrête pas de me demander comment, où, pourquoi elle a chopé ça.